Avant d’être un groupe scénique Massilia Sound System, comme son nom l’indique est un sound system dans sa définition jamaïcaine : une sono, des platines pour jouer des disques de reggae et des DJs / Toasters tchatcheurs) qui ambiancent la soirée et chantent leurs textes sur les versions instrumentales des disques.
À ses débuts Massilia Sound System est un collectif, changeant au gré des interventions, regroupé autour de Prince Tatou (alias Moussu T) qui en est le concepteur et, tout à la fois, sélecta (celui qui choisit les disques), chanteur et sonorisateur. Le dimanche 20 mai 1984 a lieu la première apparition publique de Massilia Sound System au Cours Julien à Marseille. Le sound system sera arrêté par la police, appelée pour tapage… Un bon départ ?! Il faut croire que oui, car s’en suivra quarante ans d’activités ininterrompues, aux quatre coins de la France et du monde. Quarante ans jalonnés par dix-sept albums (albums studio, enregistrements live, DVD), un film (réalisé par Christian Philibert en 2016), un livre (écrit par Camille Martel, réédité en 2021 aux Editions Le Mot et Le Reste) et une multitude de concerts…
Combatifs et souriants, engagés et déconneurs, c’est bien eux. On n’a pas souvent l’occasion de croiser des groupes comme Massilia Sound System, qui savent autant parler à l’intelligence que parler au cœur, convoquer l’imaginaire qui unit et le réel qui soude, faire danser les pieds et inviter les mains à fabriquer. Les fondateurs de ce sound system vivent autant Marseille qu’ils la rêvent comme le cœur, le bastion mais aussi le paradis d’une méridionalité solidaire, dansante et ouverte. Marseille reggae, c’est Marseille rebelle et hédoniste, indolente et turbulente – les galéjades de Marius et César, l’esprit de Trenchtown et Brixton, mais aussi des fraternités plus souterraines, comme avec Claude McKay. Cette figure jamaïcaine de la Harlem Renaissance raconte en 1929, dans son génial roman Banjo, les aventures de
musiciens noirs venus de deux ou trois continents qui essaient de créer un groupe entre le Vieux Port et les bassins de la Joliette – là où l’on a entendu les premiers sons de Massilia Sound System, justement.
Année après année, album après album, tournée après tournée, ils ont donné à cette ville une part de sa légende – les concerts où l’on distribue le pastis, l’alliance du green-gold-red et du bleu ciel de l’OM, les extraits de chansons qu’on lance comme des proverbes au comptoir ou sur le trottoir… Depuis vingt ans déjà, en parallèle, Papet J faisait vivre son raggamuffin pas pressé, Moussu T tournait avec Lei Jovents, Gari Grèu circulait avec Oai Star et le Collectif 13… Et cette liberté est la preuve en actes de l’idée fondatrice de la Linha Imaginot, cette confrérie informelle de groupes de la large Occitanie – les Fabulous Trobadors à Toulouse, Nux Vomica à Nice… Vivre et créer en français comme en occitan, s’emparer d’outils musicaux venus de partout pour mieux plonger dans la culture locale, accueillir l’autre pour être plus soi-même… Massilia Sound System, voisin du monde entier et fièrement enraciné… En 2022 et 2023, Manivette Records leur propose de réenregistrer vingt de leurs plus grands classiques, choisis dans toute l’étendue de leur carrière. Ces vingt chansons ainsi que leurs versions instrumentales sont disponibles sous la forme de deux coffrets de vinyles 45 tours parus sur le label ciotaden. En 2024, ce sont dix de ces titres qui constituent un album anniversaire : en vinyle, en CD digipack ou en K7 audio, célébrant quarante ans d’une aventure musicale hors du commun. Comme il n’y a pas d’anniversaire sans cadeau, le disque est accompagné d’un bonus de quatre titres originaux. Manivette Records propose également la réédition en vinyle de quatre de leurs albums, avec de nouvelles tracklist et remasterisés pour l’occasion (certains sont inédits dans ce format).